.RÉALISONS QUE ...
numéro 47
...
juin 2004

Louis-Roland Leduc

Écouter pour mieux réaliser !

par Évelyne Fiorenza

Un jour dans les années 50, à Saint-Robert, petit village près de Sorel, un père est rentré chez lui avec un bien curieux
objet : une télévision - ne sachant pas que l'un de ses petits garçons allait en tomber fou amoureux et qu'il emploierait sa
vie à passer de l'autre côté de l'écran. C'est comme ça que l'aventure télévisuelle de Louis-Roland Leduc débute !
Une aventure qui se transformera en carrière dans la réalisation, riche et diversifiée, et qui mettra en lumière un homme et un professionnel généreux, dense et créatif, à l'écoute des autres et de leurs talents. Et c'est peut-être là
l'un de ses plus grands talents à lui !

1957 : Cette «boîte animée» trône à la maison, toute la famille l'écoute presque religieusement. Louis y voit de suite un moyen efficace de passer des messages et de se faire entendre. Quelle aubaine pour un petit garçon timide et sensible ! C'est décidé, ce sera son métier ! Il y arrivera, en prenant quelques chemins de traverse !

1975 : A défaut d'études dans le monde de l'image, (financièrement inaccessibles pour lui à l'époque) Louis choisit de s'orienter vers un autre centre d'intérêt qui lui tient aussi à cœur : les autres. Il apprécie ses cours d'assistance sociale au cégep de Sherbrooke qui valorisent l'intervention communautaire. Son enthousiasme le portent à collaborer avec des médias dédiés à la communauté comme la radio CFLX et à faire un stage chez Vidéomonde qui produit alors des vidéos à caractère social. Mais il veut s'engager plus encore, être sur le terrain. Louis a 19 ans, il veut améliorer le monde, il est persuadé que cela est possible grâce aux médias : dans sa tête ses deux passions s'unissent déjà et il concrétisera cette union régulièrement dans sa vie.

Ses études le mènent tout naturellement au sein du Ministère des affaires sociales mais Louis a l'esprit plus missionnaire que fonctionnaire ! Il sent progressivement qu'il n'est pas à sa place ici, tout cela est bien trop administratif. Où est donc passé l'idéal communautaire ? Il a besoin de plus d'action, de plus de contact avec les gens, de plus d'échanges et surtout de beaucoup plus d'espace pour sa créativité. Le petit garçon de la région de Sorel est toujours là, avec ses mêmes désirs, voyant dans le petit écran un moyen formidable pour prendre part à l'aventure sociale du monde.

La magie des «autres»

Il y a des rencontres dans la vie que l'on peut qualifier de magiques tant elles sont opportunes et bénéfiques. Certains parleront d'un merveilleux hasard, d'autres de l'inéluctable destin. Quoiqu'il en soit, c'est un bénéficiaire de l'aide sociale dont Louis s'occupe qui va l'aider à réaliser son rêve … délicieuse ironie de la vie ! Il lui parle de cette formation en communication dispensée par l'UQAM, à portée de bourse. Pour Louis c'est le déclic ! Il va dès lors, opérer un changement drastique dans son existence : il quitte tout, emploi compris, s'installe à Montréal et se lance, à nouveau, heureux, dans les études. Trois ans pour passer un bac. Dès la première année, comme pour confirmer la pertinence de son choix, il produit son premier documentaire sur les alternatives en santé mentale On n'est pas tombé de la lune (fait de société s'il en est !) et … gagne un prix ADATE !

Rencontre avec les comédiens …

1983 : Bac en poche, Louis tâte du terrain en tant que caméraman et monteur. C'est Mario Clément et Louis Faure, producteurs et réalisateurs chez Coscient qui, en 1988, vont lui proposer son premier contrat de réalisateur pour l'émission Visa santé diffusée à Radio-Québec. Il y travaille pendant 5 saisons puis enclenche sur l'émission La route des vacances et devient pigiste pour diverses autres émissions, toutes produites par et/ou pour Radio-Québec (Mode d'emploi ; Option éducation ; Maths sans drame). Les rencontres s'enchaînent, les affinités se développent, les opportunités se présentent … Hugues Tremblay, Réjean Chayer croisent la route de Louis; Stéphane Joly lui parle d'Éric Fournier, fondateur de la société Téléféric, producteur de l'émission Science-Friction (vulgarisation de la science au travers de sketchs) qui lui propose de rejoindre l'équipe.

Cette collaboration va lui ouvrir de nouveaux horizons et lui permettre d'explorer d'autres aspects de son métier. Réalisateur-coordonnateur, il travaille pour la première fois avec des comédiens, comme André Ducharme et Johanne McKay. Là, c'est le coup de foudre ! Il est séduit par cette approche plus créative et humaine qui lui permet d'avancer avec et grâce aux autres, par ces comédiens qu'il peut suivre et ressentir. Il éprouve une complicité immédiate avec eux.
Travailler en équipe (La Poudre d'escampette) :
caméra: Luc St-Louis; son: Luc Robert

… l'imaginaire et l'humour !

C'est aussi pour lui l'occasion d'évoluer dans l'imaginaire et l'humour en travaillant des textes à la fois éducatifs et drôles. Ça lui plaît beaucoup. Il découvre la fiction et c'est un voyage intérieur qui commence, en terre créative. Cette expérience renforce Louis dans sa volonté de se rendre utile au travers de ce qu'il fait, mais non plus forcément en délivrant des messages. Il n'a plus la prétention de vouloir changer le monde, mais désormais il estime que faire plaisir, offrir intelligemment des moments de relâche est tout aussi louable.

Il s'immerge dans ce monde créatif, s'ouvre aux gens qu'il y rencontre, prend le parti de laisser toute la liberté de créer aux artisans avec qui il travaille : «le résultat est tellement magnifié» dit-il convaincu. Pour Louis, «la réalisation fait appel à un imaginaire d'équipe».

En 1999, Andrée Petitclerc, directrice de production chez Motion International (aujourd'hui Zone 3) et Pierre Lawrence, producteur, lui proposent de réaliser un épisode de la série Ecce Homo : «Les classes sociales»… décidément, le social ne le quitte pas ! Documentaire didactique avec une part de fiction, il y fait de la reconstitution d'époque et remporte le prix de «Communications et Société 2000».

Cette fois-ci, le principal intérêt de cette expérience est d'avoir réalisé un sujet d'une heure : «J'ai vraiment eu l'impression de prendre le temps de raconter une histoire, d'installer une atmosphère» précise t-il. C'est en somme, un autre tournant pour sa carrière. Il enchaîne alors avec la réalisation de plusieurs autres documentaires avec la même équipe de production : Les grandes peurs de l'an 2000; Maux d'amour pour lequel l'équipe remporte un Gémeau pour la meilleure série documentaire et Origines.

Entre-temps, Louis cultive l'amitié, apprécie le temps passé avec chaque membre des équipes qui l'entourent. Sa curiosité, la perpétuelle jeunesse de son émerveillement, son écoute empathique et sa douceur séduisent son entourage qui le recherche.

Et en 2002, le comédien André Ducharme pense à Louis pour co-réaliser la rétrospective du groupe RBO : The Documentaire et le lui propose ! Une série de 5 documentaires d'une heure ressort du travail de la joyeuse équipe et remporte le Félix de la meilleure émission musicale de 2002 pour RBO The musique !

Louis ne prend pas de pause. En 2003, il revient avec l'équipe de Zone 3 où il évoluera cette fois-ci dans une autre dimension, plus mystique pourrait-on dire ! Il réalise deux épisodes : La passion de l'Orient, qui traite du bouddhisme et Dieu peut-il changer le monde? d'une série sur la spiritualité : Des nouvelles de Dieu qui sera diffusée à l'automne 2004.


Robert Brouillette, Louis-Roland et Luc St-Louis
Louis-Roland avec «le pouceux», personnage
important de La Poudre ...

..... Puis, La Poudre d'escampette le rattrape et … ça lui donne une pause du documentaire dit «sérieux».

...... Il renoue facilement et volontiers avec l'humour et les sketches, «en général l'humour me permet une certaine liberté dans le traitement du sujet, plus de recul vis à vis de l'histoire. C'est un élément essentiel pour émettre une critique sociale sans trop se prendre au sérieux. Aujourd'hui je me sens très confortable et heureux de travailler dans des univers que l'on voudrait à tort séparer : le documentaire articulé, et l'humour. Je déteste les étiquettes et mon travail des dernières années tend à le prouver» précise t-il les yeux rieurs !

....... D'ailleurs, aujourd'hui il termine un documentaire sur le film Camping sauvage, de Guy A. Lepage, Sylvain Roy et ….André Ducharme à la mise en scène : fidélité, quand tu nous tiens ! Camping Sauvage: Visite Guidée sera diffusé cet été à la SRC dans le cadre des Beaux Dimanches.

Toute une histoire !

Et côté rêves Monsieur Leduc, quels sont les vôtres ? «Faire une télé-série». La réponse est claire et concise. «J'aimerais travailler avec des comédiens de manière plus suivie. Avoir la possibilité de faire mûrir un personnage, de l'y aider. J'aime raconter une histoire, du début jusqu'à la fin, juste pour le plaisir de la faire exister pour elle-même.» Louis a des rêves qui ne manquent pas de poésie. Il a aussi tous les outils pour les concrétiser. Avancer, toujours avancer !

Ouvert et franc dans sa manière de raconter sa vie de réalisateur, Louis-Roland rappelle que s'il faut un peu de chance, de la passion, beaucoup d'énergie et faire preuve de talent pour réussir dans ce que l'on fait, il faut aussi un environnement professionnel motivant. C'est, entre autres, ce que lui a offert Télé-Québec, qui a d'ailleurs diffusé la plupart de ses œuvres : un environnement où la liberté d'expression et l'expérimentation existent encore.

Louis-Roland Leduc continue dans son élan, des projets plein la tête, l'envie d'apprendre des autres plus vivante que jamais …pour mieux se réaliser dans ce métier qui est aussi et simplement sa vie.

À lire également ...........................................Productions 2006-2007 .................................................... Accueil