.RÉALISONS QUE ...
numéro 50.
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mai 2006.



Jean-Évrard Bilodeau

«Quand je réalise un reportage ou un documentaire, il est fondamental que je puisse tout remettre en question afin de parvenir à synthétiser un sujet complexe tout en essayant d'en saisir l'essence. Pour moi, la recherche de la vérité est primordiale. Cette démarche demande de la rigueur, de l'honnêteté et du respect autant pour le sujet à réaliser que pour le téléspectateur.»
- Jean-Évrard Bilodeau


Vérité, subversion et liberté

un texte de Catherine Genest

L'histoire se situe à Québec. Il était une fois, il y a plusieurs années. Je ne connaissais pas encore Jean-Évrard Bilodeau, MAIS... j'en entendais souvent parler ! Et à chaque fois avec le même regard admiratif et dans les mêmes termes : «Jean-Évrard Bilodeau : c'est un vrai créatif !». Et plus on me parlait de son travail, plus j'avais hâte de rencontrer ce réalisateur polyvalent, également journaliste et scénariste, que je percevais déjà comme un modèle.

Quelques années plus tard, je suis amenée à travailler avec lui sur l'émission Méchant contraste! et depuis ce temps, à l'instar d'un grand nombre, je suis impressionnée et touchée par ses réalisations.

«Ce qui semble être au cœur de la démarche de Jean-Évrard Bilodeau est sa détermination à repousser les frontières esthétiques, à les transcender, à les transgresser. Il est habité par une obsession de construire quelque chose de nouveau. En fait, je pense qu'il a le souci de communiquer des contenus de manière inédite et originale à travers une esthétique particulière, faut-il utiliser le mot: unique?» - Érik Tremblay

 


Jean-Évrard Bilodeau est un réalisateur curieux qui est attiré par un éventail très vaste de sujets et par tous les aspects de la réalisation. En ce sens, il me fait penser à un sculpteur dont la matière pourrait être autant une pierre précieuse qu'un bout de métal recyclé. Il sait être à l'écoute des matériaux et des contenus dont il se fait le maître d'œuvre, découvrir leur langage propre et il réussit toujours à leur donner une juste forme. D'ailleurs, son registre est très étendu : alternant entre des reportages et des documentaires faits dans la plus pure tradition journalistique avec des oeuvres d'auteur artisanales fort émouvantes. Les styles sont tout aussi variés : du classique aux formes les plus éclatées. Les influences artistiques sont multiples : la musique, la danse, la fiction, ... Les sources d'inspirations diversifiées, qu'il s'agisse de l'œuvre d'un poète, de la vie d'un homme scientifique, d'un ouvrier victime d'une injustice, etc...

«Qu'importe l'œuvre réalisée par Jean-Évrard, sa façon de communiquer passe par des atmosphères puissantes. Pour se faire, il n'hésite pas à naviguer sur toutes les eaux, alliant poésie, trash, subversion, etc. sans jamais chavirer. De ces amalgames qu'il nous propose émerge invariablement beaucoup de justesse.»
- Érik Tremblay

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Nous sommes dans un café. L'entrevue avec ce réalisateur nominé aux Gémeaux et récipiendaire d'un Prix Anik en 1995, débute de façon inusitée. D'emblée, Jean-Évrard Bilodeau me confie qu'il n'est pas intéressé à parler de lui ou de son travail (!).
«De plus en plus, je trouve qu'on assiste à une surenchère de bavardages narcissiques. Le journalisme, l'information et le star système sont incompatibles.» - Jean-Évrard Bilodeau

Ce qui le préoccupe, c'est le métier de journaliste-réalisateur, la nature du médium télévisuel et ce qu'on en fait.
«Je considère la télévision comme un art mais aussi comme un instrument de changement social très puissant et un vecteur privilégié des nouvelles valeurs. La télévision pourrait être différente : beaucoup plus créative, diversifiée, subversive et constructive si elle n'était pas assujettie, notamment, aux impératifs des cotes d'écoute et à l'air ambiant de l'auto-censure.»
- Jean-Évrard Bilodeau
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Jean-Évrard Bilodeau est issu d'une famille sensible aux arts et aux domaines des communications. Dès l'enfance, il s'est toujours amusé à dessiner, à peindre puis à jouer avec un appareil photo. Pas étonnant qu'à treize ans, tandis qu'il regarde son émission préférée : Télé-Jeans, il le fait en train de peindre. Un regard sur cette émission qui donne la parole aux jeunes, un regard sur sa toile. Nous sommes un samedi matin. Télé-Jeans s'achève sur l'annonce d'un concours :
Courez la chance de vous envoler pour la France afin de participer au tournage de 13 émissions documentaires ayant pour titre : Un regard s'arrête. Dépêchez-vous de faire parvenir votre candidature en nous acheminant une lettre qui témoigne de vos motivations ainsi que des oeuvres que vous avez réalisées.

Le pinceau glisse des mains de Jean-Évrard Bilodeau. Il court à sa chambre. Une heure plus tard, d'un jet, il achève d'écrire une longue lettre de dix pages. Puis il rassemble dessins, peintures et photos. Enveloppe, timbres, bureau de poste : attente. Sur 350 jeunes, on retient 10 finalistes dont Jean-Évrard qui est sélectionné. Et c'est alors que commence une aventure tellement stimulante qu'elle déterminera son choix de carrière : Jean-Évrard Bilodeau deviendra réalisateur !

Après des études collégiales en art plastique puis un court séjour en cinéma à Concordia, avec une spécialisation secondaire en Arts visuels, Jean-Évrard Bilodeau est impatient de faire du terrain. Une opportunité s'offre à lui comme preneur de son. Rapidement, il est engagé pour travailler sur l'émission Le Point diffusée à Radio-Canada. Il s'ensuit de nombreux voyages à travers la planète et parfois non sans danger. Il faut entendre toutes les anecdotes que Jean-Évrard Bilodeau raconte au sujet de cette époque pour comprendre un autre aspect de sa personnalité : son goût de l'aventure, sa soif de liberté et sa capacité à se surpasser au sein des situations les plus risquées, voire chaotiques. On peut facilement appliquer ces traits de caractère à sa manière de réaliser.

«Même si je suis toujours préparé, je demeure à l'écoute du moment présent et je suis toujours prêt à réagir aux imprévus et à l'inattendu. J'utilise la spontanéité et l'improvisation comme des moteurs puisque selon moi, nos émotions sont des outils au même titre que l'image et le son. Réaliser c'est comme composer une pièce de musique. Il suffit d'être à l'écoute du langage propre au médium. En ce sens, qu'importe le sujet ou les circonstances, il est toujours possible de réaliser une oeuvre pertinente.» - Jean-Évrard Bilodeau

«Jean-Évrard Bilodeau est un réalisateur de réflexion et d'instinct. Il est comme un félin. Sa résolution devant le chaos est étonnante. J'ai le sentiment que c'est ce qui le fait vibrer. Et, comme un félin, il retombe sur ses pattes. À travers le filtre de sa créativité, dans l'instant présent, il aura saisi une idée, une émotion, et le résultat est toujours heureux et parfaitement original.»
- Érik Tremblay

Par la suite, Jean-Évrard Bilodeau écrit et réalise son premier documentaire : Les icônes de Nazareth. Pour se faire, il part quelques semaines en Palestine. Les années suivent au rythme des documentaires (La peinture, Majesté de Baie Saint-Paul ; Osez !, etc...), des créations scénaristiques (ONF), des reportages télévisuels, notamment au sein des émissions suivantes: Ce Soir Montréal, Enjeux, 1045 des Parlementaires puis Méchant contraste ! où il réalise principalement les liens et le packaging et, à l'occasion, des reportages.

«J'ai une grande reconnaissance à l'égard de Télé-Québec puisque ça prend de l'audace pour produire Méchant contraste !, une émission panquébécoise à contenu éditorial et dont la forme est éclatée. Pour moi, c'est un bonheur de travailler sur cette émission qui me donne l'opportunité de m'attaquer à des contenus solides dans une formule qui n'est pas préétablie et où l'expérimentation est possible.» - Jean-Évrard Bilodeau

Malgré le fait qu'aucune des émissions qu'il a réalisées à Méchant contraste ! soit semblable, on reconnaît la signature de cet artiste réalisateur-journaliste. Car après tout :

«On ne fait pas de la télé comme on construit des bungalows !»

- Jean-Évrard Bilodeau

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