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Dans
le cadre du 35è anniversaire de Radio/Télé-Québec,
l'Association des réalisateurs publie 17 grands papiers consacrés
à des réalisateurs et réalisatrices qui ont «assisté
aux premiers pas» -puis aux suivants- de l'Autre télévision.
Voici donc ce mois-ci le quatrième témoignage, celui de
Michel Poulette, dont notre journaliste et recherchiste Béatrice
Raimbault a recueilli les propos..
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Michel Poulette
Les années folles |
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Le nouveau réseau, sous l'égide de Yves Labonté, Jésuite de son état, a embauché depuis sa création en 68, toute une pelletée de jeunes bien dans leur peau et bien de leur temps. Radio-Québec ressemble à un bon collège classique et se trouve pas mal dépareillé avec cette faune de jeunes employés. Monsieur Labonté se rappellera d'ailleurs pendant longtemps de ce paradoxe. Rejoint quinze plus tard pour souligner le 25ème anniversaire du réseau qu'il avait tant aimé et quitté en 1978, il confia : «...Il me revient à l'esprit le choc que j'éprouvai à la vue de cette fringante jeunesse, de jeans vêtue, à la coiffure unisexe et à l'enthousiasme non dissimulé »Nul doute, Michel faisait partie de ceux-là. |
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«Du
porno
du vrai» ...
En 1972, Radio-Québec obtient un permis pour diffuser sur le câble.
On décide alors de produire un tas d'émissions originales
et éducatives. Depuis 68, on répond aux exigences du ministère
de l'éducation en produisant, entre autres, les Oraliens et Les
cent tours de Centour diffusés dans les écoles. Mais maintenant
que le réseau est devenu son propre diffuseur, on décide
d'éduquer aussi les adultes et de faire participer le citoyen québécois
à ces diverses émissions. Le mot d'ordre à l'époque
: faire de la télé de participation. Ça ne manquait
pas de débats! ... L'escouade
de la moralité arrivée le lendemain sur les lieux de «l'immoral
réseau» serait repartie bredouille mais aussi amusée.
Y'avait pas de quoi fouetter un chat. Les hommes de la GRC ont eu l'air
d'aimer eux aussi les images éducatives de la nouvelle télé
québécoise.
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Un p'tit 15 000$ qui fera toute la différence À peine quitte-t-il le réseau, que la vie lui prépare une surprise de taille. Un héritage de 15 000 dollars la belle affaire. Une somme suffisante et bien investie. Avec ce petit magot qui tombe à pic, il se lance seul dans la production d'un documentaire Pierre Guimond entre Freud et Dracula . Michel dresse le portrait du photo-monteur québécois de renommée mondiale. Son premier «vrai film» et le début d'une carrière qui part au grand galop. Première réalisation, première uvre des plus récompensée. Le pas venait d'être franchi. Michel débutait sa trentaine et était devenu Réalisateur. Radio-Québec lui ouvre à nouveau ses portes en 1980. On lui confie une partie d'une grande série culturelle qui fera beaucoup parler d'elle. Le début de ses années folles à Radio-Québec. |
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Ils étaient cinq à se partager cet immense projet : Louis Charest, Raymond Décary, Louis Fraser, Claude Grenier et Michel Poulette. Le tout coordonné par Jean-Gaétan Séguin. Un gros bateau : produire 39 émissions originales sur la réalité culturelle québécoise contemporaine. Exit les années 70. Une ère culturelle nouvelle apparaissait avec le début d'une nouvelle décennie. Radio-Québec ose et risque montrer la vraie culture. Une culture plus marginale, plus large. Celle avec un modeste petit c . C'est le mandat de la série 9 ½. C'est la révolution dans la forme et le contenu. Michel Poulette étrenne la série. Un premier épisode bien réussi qui allait donner le ton aux trente-huit autres. Le 29 septembre 1980 à neuf et demie pile du soir comme il se devait, les téléspectateurs découvrent Miroir, miroir !
«Michel, ça te tente de tourner un chanson avec Véronique? Tu pourras faire du vrai cinéma.» lui dit au téléphone le producteur Gaëtan Lavoie. Depuis quelques mois, le réseau lui a confié la conception et réalisation de sa campagne publicitaire. Michel Poulette est passé au petit format et adore ça. Tourner avec Véronique! Le réalisateur est emballé sur le champ, il imagine la chanteuse en robe noire interprétant le boléro de Ravel. Ils écoutent ensemble la version chantée dont les arrangements avaient été faits par Yves Lapierre et qui vient tout juste d'aboutir dans le bureau de Gaëtan Lavoie. Ils font jouer la chanson plusieurs fois jusqu'à emmerder les voisins de bureau dont certains trouvent que c'est un pur sacrilège de faire chanter une telle uvre par une chanteuse populaire. Des féministes iront même se plaindre de l'esthétisme et de la beauté provocante de Véronique Béliveau qui livre sa chanson entourée du premier violon de l'orchestre symphonique de Montréal. Le producteur et le réalisateur se foutent bien des critiques : «On a choisi Véronique parce qu'elle chante bien et qu'on la trouve très jolie. De plus on adore travailler avec elle point.» Un grand succès couronné par un Coq d'or pour Poulette. Il est aux anges. Il fait du vrai cinéma. Le vidéoclip n'existait pas encore. Dans ses tours de chants, Véronique se fait demander de chanter :. «...je veux rencontrer le monde... je veux vivre autour de lui » sur l'air du Boléro de Ravel. La chanteuse populaire voit sa popularité s'ennoblir du fait qu'elle chante le thème de la télé éducative du Québec. Un autre merveilleux réalisateur, Pierre Savard, avait été le premier à travailler, avec Véronique Béliveau, la chanson thème de Radio-Québec. Les premières versions sont aussi des pièces d'anthologie. On avait préparé le terrain à Michel qui a su bien exploiter tous les talents qui l'entouraient. Michel sait mener une équipe et il donne le goût du succès et de l'audace. Un
autre coup de fil
quelques mois plus tard Les années folles (1980-1983) à Radio-Québec n'auront pas été longues mais intenses. Pour Michel Poulette, trois ans d'essais, de création, d'audace et de liberté au sein de la télévision québécoise avant de devenir l'un des réalisateurs québécois des plus connus dans la province et à l'étranger. |