«Les enfants me nourrissent. Avec eux, la caméra n'est jamais banale»

En 1984, on assistait à la régionalisation de la télévision. Les gens du Québec avaient un grand besoin de se voir. Il fallait former des équipes prêtes à tourner des documentaires sur des régions lointaines encore vierges d'images. Au même moment, Michel Jacques enseigne la linguistique dans ces régions isolées. Il entend parler d'une offre d'emploi de réalisateur à Sept-Iles pour le bureau de Radio-Québec sur la Côte-Nord. L'aventure lui paraît belle. Il est en quête d'espaces nouveaux et de belles histoires. Michel postule, avec pour seul bagage la réalisation d'un film universitaire Le capitaine fantastique, une histoire qui se déroule dans un bar mal famé. Il se compte chanceux : «Le gars qui m'a embauché avait vu le film!» Michel et d'autres nouveaux formaient une belle équipe, la majorité avait peu d'expérience. Ils ont quand même tourné plus de deux cents documentaires pour Radio-Québec. Un plaisir fascinant de filmer la vie sur le vaste territoire qui s'étend de Tadoussac à Blanc-Sablon. «Avec le temps, on est devenus bons».

«Cet homme est à la fois le courage, l'imaginaire et la générosité»

Michel Jacques aime le travail de clan. L'équipe de la Côte-Nord se serrait les coudes et avait le cœur à l'ouvrage. Au cours de leur apprentissage, Radio-Québec prenait le temps de bien former ses collaborateurs. «On pouvait aussi demander conseil à des réalisateurs chevronnés comme Robert Desrosiers.» Le milieu était amical et réconfortant comme une famille. Depuis 90, Michel travaille à Montréal. Il a réalisé la première année de La Route des vacances. Puis, ce fut le succès énorme des Cent watts, dont le réalisateur-coordonnateur était Jean-Pierre Morin. «Un de mes Jedis (…) Il m'a aussi appris à écrire» Michel rentre dans l'univers des enfants. Il les adorent. Pendant sept ans, il a tourné plus de 2 000 capsules extérieures pour les Cent watts. Un record pour tout le Québec et une échelle de quatre Gémeaux, dont un pour les textes. «Les enfants me nourrissent. Avec eux, la caméra n'est jamais banale». Il a aussi tourné des centaines de clips pour le réalisateur-coordonnateur Gaëtan Lavoie. Lavoie dit de Michel : «Cet homme est à la fois le courage, l'imaginaire et la générosité». Cette année, il fait les tournages extérieurs d'une nouvelle émission jeunesse, les aventures d'un chien virtuel dans un décor réel : Macaroni tout garni.

Des samedis soirs sérieux

Michel Jacques n'en revient pas lui-même. Depuis quelques temps, il met en ondes Le Grand Journal de TQS les fins de semaine. «Je fais quelque chose qui est contre ma nature. Je ne suis pas un vrai gars de news». Deux soirs par semaine, Michel met de côté ses tribulations avec les enfants. «Pour les nouvelles, il faut être sérieux et organisé (…) C'est un beau défi pour un ticoune qui a commencé par réaliser un film sur les crevettes».

Et puis, il y a deux yeux rieurs qui l'attendent toujours à la maison, sa fille de trois ans originaire de Chine.

 

Michel Jacques

Pour le rejoindre

 

2001-2002: Michel Jacques fait toujours partie de l'équipe de Macaroni tout garni.

 

 

 

 

 

 

 




 

Par Béatrice Raimbault, paru dans le numéro 12 de Réalisons que..., 9 février 1999.
braimbault@hotmail.com
http://site.voila.fr/raimbault