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Patricio Henriquez
Par Béatrice Raimbault,
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L’exilé qui filme les révolutions Patricio Henriquez, sourire aux lèvres et regard brun profond, m’ouvre lui-même la porte de Macumba International Inc., petite maison de production située en face du parc Lafontaine. C’est simple et accueillant. Des dizaines de prix d’ici et d’ailleurs tapissent les murs. Et d’immenses photos de tournage vous font faire le tour du monde. Un vrai petit musée. Patricio a tourné plus d’une centaine de reportages pour Nord-Sud, la défunte émission de carrure internationale de Radio-Québec. Mais ce réalisateur vient et revient de loin.... On pourrait même parler de l’enfer. Emprisonné Le 11 septembre 1973, est un jour sombre pour Patricio Henriquez. Le Général Pinochet exécute son coup d’état contre le gouvernement en place depuis trois ans. L’Union Populaire est écrasée par une junte militaire. Une journée funeste qui se solde par le suicide du Président Salvador Allende au sein même de la Monéda, le palais présidentiel. Patricio, alors réalisateur pour la télévision Universitaire du Chili, est arrêté et emprisonné avec quinze mille autres Chiliens au Stade National de Santiago. Il a vingt-cinq ans et un parcours idéologique déjà mature. Ne fut-il pas, en 1970, l’attaché de presse de Mme Hortensia Bussi, épouse du Président Allende. La vie dans le stade, prison énorme et insalubre est surnaturelle, impensable. Chaque minute, on appréhende la mort, on attend. Les cris des fusillés sont l’écho du quotidien. La pitance est maigre et rare. Mais Patricio Henriquez ne perd pas espoir.... Du sud au nord Il est relâché au bout de deux mois. En 1974, le Canada accueille le jeune exilé. La même année, Pinochet est élu «Chef suprême de la Nation». Un retour au Chili ne semble donc pas pour demain. Au début, il bénéficie d’un programme pour réfugiés à Toronto. Puis, il s’installe à Montréal et forme une communauté avec d’autres Chiliens. Patricio, comme la plupart, ne parle pas un mot de français et survit grâce à des boulots de manutention. Les années s’écoulent, il commence à souffrir du complexe du sous-développé. Un complexe qui s’estompe avec la rencontre du réalisateur Daniel Bertolino. Une belle chimie. Bertolino l’engage comme recherchiste et lui confie, en 1979, le tournage, en pleine guerre, d’un documentaire sur Arafat au Liban. Un an plus tard, il amorce une carrière à Radio-Québec... Nord-Sud Le réseau d’état l’invite pour Planète suivie d’Arrimage, des séries sur la vie des immigrés au Québec. À partir de 1984, et pendant huit ans, il réalise la prestigieuse série Nord-Sud. D’ailleurs, un tournage pour Nord-Sud lui permet de revoir le Chili. C’était en 1988, les listes noires s’effaçaient. Des mouvements de contestations contre le régime Pinochet avaient déjà envahi le pays. Patricio est un homme de terrain. Tous ceux qui l’ont côtoyé à Radio-Québec se souviennent d’une personne passionnée et engagée. Il fut l’un des premiers à interviewer Nelson Mandela, après sa libération. Parfois on plaisantait dans les couloirs. On prétendait que partout où il passait, une révolution éclatait. Ne s’était-il pas retrouvé par hasard au coeur de l’émeute de la place Tian’ anmen à Pékin le 4 juin 1989 ? De grands documentaires Depuis 1995, l’ancien
exilé filme les crises et désarrois du monde pour Macumba International
Inc., cofondée avec le réalisateur Robert Cornellier et la journaliste
Raymonde Provencher, deux anciens de Nord-Sud. Une maison qui produit
des documentaires internationaux. Télé-Québec diffuse la plupart. On se
rappelle bien du succès de Vivre en ville. Patricio apporte
au Québec et ailleurs sa richesse culturelle. Ses documentaires en témoignent.
Le dernier combat de Salvador Allende, coscénarisé par le
journaliste français Pierre Kalfon, a reçu de hautes distinctions en 1998,
dont le prix de La SCAM (Société civile des auteurs Multimédia) à Paris.
Et Images d’une dictature, vient de rafler le prix Jutra
2000. Patricio Henriquez est un réalisateur de haut calibre. Mais il reste
humble devant le succès. |