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Montréal,
le 27 juin 2002 On ne s'habitue jamais au départ des gens qu'on aime, mais le tien n'est pas triste. Tu pars pour l'amour et la vie à deux avec plein de projets dans la tête; comme si tu avais 16 ans. Tu as le goût du monde à la manière d'un peintre qui pose les couleurs de l'imaginaire sur la toile du réel. Tu rêves de voyages et de famille comme si tu venais d'apercevoir un monde nouveau. Et c'est là qu'apparaît ton âme d'artiste. Tu sais rêver et c'est beau. Tu sais rendre le flou transparent et concret. Ce qui laisse espérer à tous que tu sauras faire de belles et nouvelles images avec ta vie et tes amours encore pendant des années. Les poètes savent ériger des mondes qui ne sont pas découverts par tous et tu as cette capacité. Tes pas tranquilles rassurent et bon nombre de réalisateurs et de réalisatrices les ont suivis dans un silence qui ressemble aux tiens. On te doit tant de choses. La frénésie de la vie quotidienne nous empêche d'en faire le compte. Permets-nous d'en faire l'addition avec l'aide du cur. C'est sur la blancheur du papier qui reste autour de ces mots que tu es le plus beau. C'est l'espace qu'on t'offre pour nous surprendre et nous ravir encore. Tes collègues réalisateurs, les quelques anciens qui restent et les plus jeunes ont tous vu ton regard vivant et brillant lorsque tu as ouvert la porte du bureau de Droit de parole pour nous quitter le 15 juin dernier. Ce jour-là on venait d'apprendre que notre groupe allait survivre et avec influence pour encore plusieurs années. Quatre réalisateurs s'ajoutaient aux trois qui restent. Et c'est toi qui as proposé symboliquement à tous de prendre la direction de la survivance. Quelques-uns d'entre nous vivaient encore secrètement la peine du départ de plusieurs de nos collègues entre les années 1995 et 2000. J'ai observé la tendresse, l'admiration et le respect que tous ont dirigé dans ta direction. J'étais de ceux-là. Tu venais de transmettre le flambeau de la profession à 16 hommes et femmes qui ont le goût d'exercer ta profession comme tu l'as exercée; avec dignité, raffinement, bon goût et tendresse. Voilà quatre mots qui te décrivent justement. Dans les uvres que tu as réalisées pour la télévision du Québec, tu as toujours su écrire des images avec des formes et des rythmes qui te sont propres. On reconnaissait une réalisation de Yvan Dubuc dès les premières secondes. Ta signature est toujours apparue bien loin avant l'apparition du générique de fin, inversant ainsi ta trop grande modestie qui ajoute à ton charme. Au nom de tous les réalisateurs et les réalisatrices qui sont passés, qui sont là encore et qui viendront, merci et bonne chance, Yvan. Bonne retraite et bonne vie. Gaetan Lavoie |