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En
1996, Francis Lauzon réalise le court métrage Le
nouveau monde, présenté au concours Vidéaste
recherché.e. Vient ensuite une date importante dans
sa carrière, l'année 1997, qui voit naître
le collectif Phylactère Cola. Un regroupement
de neuf bédéistes et vidéastes qui fera l'orgueil
de la ville de Québec. Et ce, bien avant la diffusion de
leur série en 2001/02 et 2002/03 sur les ondes de Télé-Québec.
Francis Lauzon y occupe les fonctions de producteur et «d'artiste
multidisciplinaire», c'est-à-dire : scénariste,
directeur technique, assistant monteur, éclairagiste, créateur
artistique en tout genre, assistant aux décors et
comédien.
«Phylactère
Cola c'est l'école que je n'ai jamais eue. Ce fut aussi
une famille adoptive.»
Dans
le cadre de courts métrages «extra-Phylactère
Cola», il occupe également les postes suivants :
cameraman, directeur photo, monteur, producteur (maison de production
Frankimage) et, bien sûr, réalisateur. Bref, au fil
des ans, il a accumulé une somme d'expériences multiples
considérable. Mais lorsqu'on le lui fait remarquer, il
s'exclame, mi-sérieux, mi-blagueur : «Je suis
un touche à tout qui sait tout faire et rien à la
fois !». Quand on connaît la qualité de
ses productions, on peut traduire ce commentaire par : je suis
très exigeant envers moi-même !
En
2005, Francis Lauzon est de retour à Télé-Québec
en tant que réalisateur de l'émission culturelle
panquébécoise Pulsart. Le traitement
original de cette émission en fait un petit bijou télévisuel.
On y retrouve l'imagination débordante de ce réalisateur
ingénieux et une communion entre l'esthétique et
le contenu. C'est à chaque fois un voyage dépaysant
et humain dans l'espace culturel québécois.
Si
on considère son travail dans sa globalité, ce qui
est impressionnant chez lui, outre son talent, c'est l'étendue
des qualités professionnelles qu'il a su développer
: celles du producteur pragmatique, à l'aise devant les
contraintes matérielles ; celles de l'artisan, du bricoleur,
de l'explorateur qui n'hésitera pas à expérimenter
des manières de faire inusitées mais fertiles et,
enfin, celles du réalisateur intuitif tout à fait
conscient des codes langagiers de son médium qu'il maîtrise
habilement afin de créer des univers riches et singuliers.
Dans le cadre de ses courts métrages : des mondes d'ombre
et de lumière qui témoignent des ambiguïtés
de la nature humaine et qui sont soutenus par des atmosphères
intenses.
«Francis
est un compositeur d'images, un constructeur d'histoires imprévisibles.
Ses oeuvres sont très symboliques, surprenantes et esthétiquement
fortes. Elles sont la matérialisation d'un univers intérieur
riche et font appel à l'inconscient. En ce sens, j'y vois
des références à David Lynch. Pour moi, Francis
est un réalisateur du clair obscur, autant en ce qui concerne
l'image que les contenus qu'il met en scène de manière
originale.» Éric Pfalzgraf
Malgré
qu'il soit stimulé par l'exploration formelle et esthétique
et qu'il s'agisse d'un amoureux passionné de la lumière,
Francis Lauzon privilégie les contenus et la direction
d'acteurs. Et, ce qu'il aime par dessus tout, ce sont les êtres
humains. «Ce qui me rend heureux dans mon métier
ce sont les gens. Qu'il s'agisse des membres de mon équipe,
des personnes interviewées ou encore, des comédiens.
Je suis touché par leur générosité
et leur talent.» Pour en avoir été témoin
à plusieurs reprises, ce sentiment est partagé.
Quiconque a travaillé avec lui vous dira combien il est
apprécié par ses collègues et par ses pairs.
«Francis
est à l'écoute des autres, ouvert aux suggestions
et respectueux. Il est aussi un travailleur inépuisable
qui passe rapidement de l'idée à l'action en sachant
susciter l'enthousiasme chez les membres de son équipe.
Son sens de l'humour et son empathie ne sont pas étrangers
à cela. Il est également un homme d'une grande générosité,
honnête, intègre et responsable.» Éric
Pfalzgraf
Responsable
aussi en ce qui concerne le spectateur et le message à
livrer : «Le langage vidéographique est très
puissant, ses outils et ses codes sont comme des armes. À
cet égard, je me sens responsable face aux spectateurs.
Mon objectif est de trouver la meilleure façon de raconter
une histoire afin de laisser une trace, une empreinte qui fait
sens.»
La
fatigue commence à poindre dans sa voix alors que je m'apprête
à quitter son appartement. L'espace est vaste. On y trouve
un bluescreeen, des spots d'éclairage, une maquette, une
cassette d'un film d'Hitchcock, des fauteuils, des petites figurines
de tout acabit, des dessins plein les murs (représentant
surtout des humains aux traits expressionnistes), des rallonges,
une table. Bref, une maison laboratoire au sein de laquelle la
vie se confond avec la créativité.
«Ma
vie est orientée vers la création en tout temps.
C'est un investissement total. Ma principale motivation est la
curiosité insatiable qui m'habite. Et plus j'avance dans
le métier, plus je suis réceptif à la puissance
expressive d'un langage minimaliste capable de rendre compte de
l'essentiel, d'englober l'infiniment réel, le quotidien
de nos visages, cette perpétuelle retenue qui trahie si
merveilleusement bien notre envie fondamentale de nous livrer.
Arriver à saisir l'âme d'un sujet et à la
projeter au sein d'une histoire, d'un voyage vécu par le
spectateur.»
Un
dernier sourire, des remerciements puis, l'espace d'une seconde,
alors que la porte se referme sur la silhouette de Francis Lauzon,
je crois discerner des mouvements dans l'appartement. Les murs
qui se déploient et reprennent forme au rythme de la respiration
du réalisateur ; le bruit d'une figurine en forme de lézard
qui s'empresse de suivre le pas de son créateur ; le portrait
d'un vieil homme qui se dédouble et me jette un regard
bien vivant et troublant. Puis des personnages prennent forme
au bout des doigts de Francis Lauzon. Je les reconnais comme étant
une parcelle de nous-mêmes, de chacun des spectateurs qui,
tout comme moi devant l'écran, sont absorbés par
les univers vidéographiques parfois très drôles,
souvent imaginatifs, toujours intenses et profondément
humains de Francis Lauzon, surnommé «l'ami Francis».
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