.RÉALISONS QUE ...
numéro 49.
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janvier 2006.

Francis Lauzon

Réalisateur de l'ombre et de la lumière

La nuit étoilée tapisse l'horizon. Des pas foulent le sol ensablé. Une soucoupe volante s'apprête à atterrir sur la base lunaire. Pendant un instant, l'astronaute Francis Lauzon perd la notion du temps, fasciné par les jeux de lumières de l'engin spatial. Puis la lampe de poche suspendue à l'aide d'une corde cesse de tournoyer, stoppant ainsi les mouvements de la soucoupe volante fictive. Puis le jeune Francis recommence sa manoeuvre au centre de sa base lunaire, de sa chambre de petit garçon.

«J'ai été élevé à la campagne où il n'y avait rien. J'ai passé mon enfance à rêver. Et encore aujourd'hui je suis habité par ces rêves. Par le désir de communier avec le monde à l'aide de l' imagination.»

un texte de
Catherine Genest

Pour le rejoindre

En 1996, Francis Lauzon réalise le court métrage Le nouveau monde, présenté au concours Vidéaste recherché.e. Vient ensuite une date importante dans sa carrière, l'année 1997, qui voit naître le collectif Phylactère Cola. Un regroupement de neuf bédéistes et vidéastes qui fera l'orgueil de la ville de Québec. Et ce, bien avant la diffusion de leur série en 2001/02 et 2002/03 sur les ondes de Télé-Québec. Francis Lauzon y occupe les fonctions de producteur et «d'artiste multidisciplinaire», c'est-à-dire : scénariste, directeur technique, assistant monteur, éclairagiste, créateur artistique en tout genre, assistant aux décors et comédien.

«Phylactère Cola c'est l'école que je n'ai jamais eue. Ce fut aussi une famille adoptive.»

Dans le cadre de courts métrages «extra-Phylactère Cola», il occupe également les postes suivants : cameraman, directeur photo, monteur, producteur (maison de production Frankimage) et, bien sûr, réalisateur. Bref, au fil des ans, il a accumulé une somme d'expériences multiples considérable. Mais lorsqu'on le lui fait remarquer, il s'exclame, mi-sérieux, mi-blagueur : «Je suis un touche à tout qui sait tout faire et rien à la fois !». Quand on connaît la qualité de ses productions, on peut traduire ce commentaire par : je suis très exigeant envers moi-même !

En 2005, Francis Lauzon est de retour à Télé-Québec en tant que réalisateur de l'émission culturelle panquébécoise Pulsart. Le traitement original de cette émission en fait un petit bijou télévisuel. On y retrouve l'imagination débordante de ce réalisateur ingénieux et une communion entre l'esthétique et le contenu. C'est à chaque fois un voyage dépaysant et humain dans l'espace culturel québécois.

Si on considère son travail dans sa globalité, ce qui est impressionnant chez lui, outre son talent, c'est l'étendue des qualités professionnelles qu'il a su développer : celles du producteur pragmatique, à l'aise devant les contraintes matérielles ; celles de l'artisan, du bricoleur, de l'explorateur qui n'hésitera pas à expérimenter des manières de faire inusitées mais fertiles et, enfin, celles du réalisateur intuitif tout à fait conscient des codes langagiers de son médium qu'il maîtrise habilement afin de créer des univers riches et singuliers. Dans le cadre de ses courts métrages : des mondes d'ombre et de lumière qui témoignent des ambiguïtés de la nature humaine et qui sont soutenus par des atmosphères intenses.

«Francis est un compositeur d'images, un constructeur d'histoires imprévisibles. Ses oeuvres sont très symboliques, surprenantes et esthétiquement fortes. Elles sont la matérialisation d'un univers intérieur riche et font appel à l'inconscient. En ce sens, j'y vois des références à David Lynch. Pour moi, Francis est un réalisateur du clair obscur, autant en ce qui concerne l'image que les contenus qu'il met en scène de manière originale.» Éric Pfalzgraf

Malgré qu'il soit stimulé par l'exploration formelle et esthétique et qu'il s'agisse d'un amoureux passionné de la lumière, Francis Lauzon privilégie les contenus et la direction d'acteurs. Et, ce qu'il aime par dessus tout, ce sont les êtres humains. «Ce qui me rend heureux dans mon métier ce sont les gens. Qu'il s'agisse des membres de mon équipe, des personnes interviewées ou encore, des comédiens. Je suis touché par leur générosité et leur talent.» Pour en avoir été témoin à plusieurs reprises, ce sentiment est partagé. Quiconque a travaillé avec lui vous dira combien il est apprécié par ses collègues et par ses pairs.

«Francis est à l'écoute des autres, ouvert aux suggestions et respectueux. Il est aussi un travailleur inépuisable qui passe rapidement de l'idée à l'action en sachant susciter l'enthousiasme chez les membres de son équipe. Son sens de l'humour et son empathie ne sont pas étrangers à cela. Il est également un homme d'une grande générosité, honnête, intègre et responsable.» Éric Pfalzgraf

Responsable aussi en ce qui concerne le spectateur et le message à livrer : «Le langage vidéographique est très puissant, ses outils et ses codes sont comme des armes. À cet égard, je me sens responsable face aux spectateurs. Mon objectif est de trouver la meilleure façon de raconter une histoire afin de laisser une trace, une empreinte qui fait sens.»

La fatigue commence à poindre dans sa voix alors que je m'apprête à quitter son appartement. L'espace est vaste. On y trouve un bluescreeen, des spots d'éclairage, une maquette, une cassette d'un film d'Hitchcock, des fauteuils, des petites figurines de tout acabit, des dessins plein les murs (représentant surtout des humains aux traits expressionnistes), des rallonges, une table. Bref, une maison laboratoire au sein de laquelle la vie se confond avec la créativité.

«Ma vie est orientée vers la création en tout temps. C'est un investissement total. Ma principale motivation est la curiosité insatiable qui m'habite. Et plus j'avance dans le métier, plus je suis réceptif à la puissance expressive d'un langage minimaliste capable de rendre compte de l'essentiel, d'englober l'infiniment réel, le quotidien de nos visages, cette perpétuelle retenue qui trahie si merveilleusement bien notre envie fondamentale de nous livrer. Arriver à saisir l'âme d'un sujet et à la projeter au sein d'une histoire, d'un voyage vécu par le spectateur.»

Un dernier sourire, des remerciements puis, l'espace d'une seconde, alors que la porte se referme sur la silhouette de Francis Lauzon, je crois discerner des mouvements dans l'appartement. Les murs qui se déploient et reprennent forme au rythme de la respiration du réalisateur ; le bruit d'une figurine en forme de lézard qui s'empresse de suivre le pas de son créateur ; le portrait d'un vieil homme qui se dédouble et me jette un regard bien vivant et troublant. Puis des personnages prennent forme au bout des doigts de Francis Lauzon. Je les reconnais comme étant une parcelle de nous-mêmes, de chacun des spectateurs qui, tout comme moi devant l'écran, sont absorbés par les univers vidéographiques parfois très drôles, souvent imaginatifs, toujours intenses et profondément humains de Francis Lauzon, surnommé «l'ami Francis».


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