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C'était
comme un très beau jour de juillet, mardi 16 avril 2002. Des centaines
de gens heureux et détendus
se promenaient dans les rues de Hull et de Ottawa. Les enfants avaient
sorti les arrosoirs; les plus vieux,
les planches à rouler et les vélos. Dans l'arrière
pays on cassait ce qui restait de l'hiver et la rivière des Outaouais
se préparait au débordement. Personne ne comptait le temps
qui passait et qui pourtant nous menace à l'angle de chaque seconde.
Pouvait-on se douter qu'un homme doux mourrait sur
l'heure du midi? Qu'il mourrait avec encore plein d'images et de projets
dans la tête.
Sa carrure et son allure ressemblaient tellement à la vie.
Ses collègues, réalisateurs, l'aimaient beaucoup cet homme-là.
Roger
Lord est mort comme dans une chanson de Jacques Brel :
«Il est passé de la vie à trépas sans un
bruit de pas»
Ce jour là, le soleil était si puissant qu'il n'était
pas possible de suivre la trajectoire blanche des avions
qui volaient. Même que personne n'a aperçu la vie de Roger
qui filait elle aussi vers un autre firmament.
Cet homme qui ne cherchait jamais à attirer l'attention a grimpé
sans avertir dans un ailleurs que lui seul connaît maintenant. Il
s'est glissé sur une autre scène au moment où la
lumière était la plus belle. Pour un réalisateur
comme lui, c'est beau tout ça. C'est précis et juste comme
la dernière image d'un beau film.
Les croyants pourraient penser qu'il s'agit de la première scène
d'une autre vie. Peu importe.
Ça ne m'étonne pas que Roger soit parti de cette façon.
Lorsqu'il entrait dans un endroit, c'était sans
faire de bruit. Et lorsqu'il nous quittait, c'était aussi sans
bruit; une sorte de silence dans lequel
on aurait voulu le retenir plus longtemps tellement l'homme était
attachant.
Dès
l'enfance, Roger s'était amouraché de son pays, le Québec.
Il a tourné des centaines d'être humains
qui racontaient leur vie. Il a roulé sur des milliers de kilomètres
entre les érables et les peupliers
pour nous montrer son Québec à lui; celui des petites gens
trouvés d'Ouest en Est, du Pontiac jusqu'à l'Ungava.
Il a fait rire les enfants et capté les images de leurs parents.
Roger Lord aimait profondément
sa région, l'Outaouais, où il a été réalisateur
à la pige pendant 25 ans. Il était farouchement attaché
à sa liberté;
véritable patrie intérieure dans laquelle les images, les
émotions et la musique étaient au service
de l'art et de l'engagement. Le silence qui tue :
c'est le titre d'un documentaire qu'il a réalisé et qui
projette de la lumière sur les réalités du suicide
chez les personnes âgées. Roger a aussi réalisé
Le Secret , un autre document sur le suicide, mais chez
les jeunes cette fois. Roger Lord a contribué à
des dizaines d'émissions et de séries produites par Télé-Québec.
Ces dernier temps, on trouvait son nom
au générique des Choix de Sophie et de
Attendez que je vous raconte.
Et
son plus grand coup de cur a sans doute été pour Félix
Leclerc. Il parlait souvent de ce documentaire intitulé
Félix de Vaudreuil et diffusé sur les ondes
de Télé-Québec le soir de la Saint-Jean 2001.
L'uvre est actuellement présentée au musée
de Félix à Vaudreuil.
Vous
vous rappelez le petit sourire énigmatique de Roger Lord ? Vous
vous rappelez aussi de sa tête qui penchait lentement sur sa gauche
lorsqu'il s'interrogeait sur la qualité de son travail. Et c'était
aussi son
allure lorsqu'il cherchait des réponses aux questions qu'il posait
à l'exécutif de l'Association des réalisateurs
Roger s'est porté à la défense de la profession de
réalisateur et de ses collègues pendant plus de vingt ans.
Il le faisait avec tact et conviction. Pour les réalisateurs qui
uvrent en région, il était une référence;
quelqu'un à qui se confier, quelqu'un à qui demander conseil.
Et ce dernier aspect de son engagement s'est confirmé lorsqu'il
a présidé le comité consultatif pour le cours de
radio-télévision à la Cité collégiale
en Outaouais.
Il savait aimer le autres cet homme-là.
On
aimait le regard accroche-cur de Roger Lord; une sorte de doux mélange
de bonté et de tolérance installé en permanence dans
la couleur de ses yeux. C'était rassurant. Quand on lui demandait
un service,
sa tête ne s'inclinait jamais en direction d'un non. Il cherchait
toujours à comprendre ce qu'on lui racontait,
ce qu'on lui demandait. Mais ce que l'on apercevait le plus souvent ,
c'était le rythme d'un homme
en train de chercher et de créer des images pour ajouter sur pellicule.
Réaliser était une seconde nature,
une façon de respirer pour lui. Espérons qu'il trouvera
dans son nouveau monde une autre sorte
de souffle pour imaginer une autre vie.
Nous
sommes des centaines d'artisans à l'avoir côtoyé sur
les plateaux de télé. Quelque chose
s'est ajouté à la solitude de chacun de nous. C'est une
peine. Les réalisateurs et les réalisatrices de Télé-Québec
sont très touchés par la disparition subite de Roger Lord.
Nous partageons le deuil de
ses deux filles Annie et Sophie ainsi que celui d'Angèle, sa compagne.
Nous le partageons aussi avec
tous ceux et celles qui l'aiment.
Gaëtan
Lavoie
Président
de l'Association des réalisateurs
et des réalisatrices de Télé-Québec
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Nos disparus
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