Dans le cadre du 35è Anniversaire de Radio/Télé-Québec

Ce mois-ci ..Réalisons que ...


À quelques mètres...

ALAIN SAVARIA

«Télé-Québec est une boîte à dimensions humaines.
Un juste milieu entre Radio-Canada et
une petite boîte privée d'artisans»


Alain Savaria travaille activement depuis plus de 20 ans au sein du réseau éducatif qu'il considère comme sa famille.

Je vous parle d'un homme réservé à la voix douce. Toute une délicatesse qui se marie bien avec un bel humour pince sans rire. Il oeuvre au service des auto-publicités de Télé-Québec depuis trois ans. Il est l'un de ceux qui façonnent l'imagerie de cette télé bien originale tant dans sa forme que dans ses contenus. Les conseils de ce réalisateur pour amener le téléspectateur à vouloir regarder une émission? «Il faut avoir une bonne approche graphique, savoir donner un look, être concis et savoir ponctuer par des punchs.»


.Imagerie cinéma 2002-2003

De calligraphe à réalisateur, que de chemin parcouru! Il n'y a pas une année où Alain n'a pas été assis sur un banc d'école en parallèle à son poste de permanent à Radio-Québec. Plusieurs Cégeps, l'Université du Québec, des cours privés. Alain possède bien des diplômes et formations. Apprendre, s'épanouir et évoluer avec les techniques. Un engagement, une curiosité et une volonté de fer qui lui ont permis de traverser le temps en se taillant toujours une place de choix. Calligraphe, assistant-concepteur (en1985), concepteur visuel (1987 à 1995), responsable de la formation en infographie (de 1987 à 1994). Que de fonctions! Alain connaît tous les recoins de la bâtisse. Il a travaillé dans tous les secteurs : technique, décors, salle de montage…

Je vous propose de faire un petit voyage dans le temps avec lui et l'Autre télévision, Radio-Québec, avant qu'elle ne devienne Télé-Québec.

Un boulot pas payant
.................................................. Fin août 1978, Alain Savaria, début vingtaine, se retrouve dans un bureau de la Sûreté du Québec, rue Parthenais. Juste à un étage au-dessus de la salle du médecin légiste, là où on cherche des indices sur des corps assassinés. On lui prend ses empreintes digitales. On vérifie si son casier est bien vierge. On lui pose quelques questions. Non, ce n'est pas un jeune délinquant que l'on vient d'appréhender. Tout est en ordre dans ses dossiers et dans sa vie. Alain vient juste faire les démarches nécessaires pour obtenir la délivrance d'un permis de chauffeur de taxi. Depuis quelques années, Alain Savaria exerce un boulot d'artisan plutôt sympa mais pas des plus payants. Il peint du lettrage sur des camions, des vitrines de dépanneurs, de bineries, et de différentes boutiques aux couleurs et aux odeurs du monde montréalais si bien décrit par Yves Beauchemin dans Le Matou. C'est bien dur de se faire une carrière avec quelques pinceaux et des planches de Lettraset. Il finit presque par regretter d'avoir reçu une formation de dessinateur. «Un accident» comme il le souligne encore aujourd'hui. Lui qui rêvait de devenir avocat. Ou bien alors de faire carrière dans le milieu politique. Une vocation, quoi! Défendre la veuve et l'orphelin. Brandir avec verve l'expression de hauts desseins! Alain a 24 ans et ne se voit pas faire carrière chez Enseignes Robert et pige.

Alors quoi faire d'autre pour remplir un peu plus une escarcelle de travailleur à son compte? Et pourquoi pas chauffeur de taxi de nuit ? Pas mal de ses copains le font. Arpenter les rues, quartiers et tous les recoins de la ville. Suivre un court instant la vie des noctambules assis, vautrés voire même allongés sur une banquette de char. Et tout cela en s'assurant des revenus certains. Il y a des boulots qui ouvrent moins les portes de l'imaginaire! Tout comme bosser le soir dans un local miteux d'un building du Downtown et faire du poussing marketing pour vendre des cotons ouatés au téléphone en vantant une fausse bonne cause. Impossible! Alain est trop honnête. Et puis déranger de braves gens le soir à l'heure du souper. Inimaginable! Alain est bien trop réservé et respectueux. Par contre il possède les qualités requises pour être un bon taxi driver. Ça c'est sûr et certain. Alain est courtois, patient, diplomate… Des qualités qui lui serviront toute sa vie et surtout dans son métier de réalisateur (surtout la diplomatie).

« On ne sait jamais ! »
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En sortant de la «prison de Parthenais», Alain sait bien que la télé québécoise est implantée à quelques mètres de l'édifice. «Ce n'est pas un grand détour. Et puis, on ne sait jamais ! Ils ont peut-être besoin de mes talents de calligraphe.» Se dit-il. Mais Alain découvre un hall de télé bien surprenant… Le jeune homme venait cogner aux portes d'un réseau aux allures de grand navire déserté. Même si depuis pas mal de temps les journaux font leurs choux gras des affres de la télé éducative. Alain ne s'en souvenait pas. Les employés sont en lock-out depuis bien des mois -le plus long conflit que le réseau aura eu à régler, il durera sept mois et demi. Les murs étaient vergetés de slogans syndicaux… Alain demande à rencontrer le chef du département de la conception visuelle et décors. Un petit homme empreint d'une grande douceur, monsieur Boileau, lui répond que pour le moment, il n'y a pas grand ouvrage et que c'est toujours la nuit dans les studios. On attend la fin du conflit pour reprendre les productions interrompues. «Mais rappelez-nous de temps à autre, on ne sait jamais!» lui conseille avec gentillesse monsieur Boileau. Affiche pour Macumba International.

 

Saviez-vous qu'Alain Savaria est responsable de l'implantation du premier poste infographique à Radio-Québec, en 1985 ? Et qu'il est également à l'origine de l'implantation du système de
numérisation digitale?


Alain devant le premier système infographique (rudimentaire) à Radio-Québec. Comme on peut le constater, le local n'est pas encore aménagé.

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C'est le bon moment
........................................Alain rappelle fin mars 1979. Le conflit est terminé depuis quelques mois. Tous les employés sont à leur poste. Et gros coup de chance, le calligraphe de la maison vient de plaquer Radio-Québec et il faut le remplacer au plus vite. Quelques jours plus tard, Alain s'applique à tracer de belles lettres de génériques. Se doute t-il qu'il met les pieds dans un réseau qui est à une période clé de son existence? La grève a provoqué le départ du président Labonté et l'abolition des anciennes structures rigides. Celui-ci a quitté au mois d'août le réseau tout chamboulé pour une fonction diplomatique en Californie. Monsieur Gérard Barbin vient de prendre les rênes. Ce nouveau président allait suivre avec détermination les nouvelles règles et orientations que le gouvernement du parti québécois impose à la télé éducative. Nouveau souffle sur la création, nouvelles émissions, début de la régionalisation, divorce prononcé entre les équipes de réalisation et les puissants pédagogues du Ministère de l'éducation… L'autre télévision naissait.

Alain allait écrire sur bien des cartons. Les génériques de Nord-Sud, Droit de parole, Station Soleil…Il a travaillé pour toutes les émissions. C'était le début d'une nouvelle ère technologique. C'était aussi le début des années effervescentes à Radio-Québec. Alain Savaria avait trouvé sa place et une vocation.

Au fil des ans, il ferait bénéficier Radio-Québec de l'application de ses connaissances en conception visuelle qu'il va chercher dans les meilleures écoles. Le réseau lui doit de magnifiques animations infographiques (plus d'une quarantaine). Que se soit pour Nord-Sud (nomination aux prix Gémeaux), Droit de parole, Vivre en ville, Culture éclair…ou bien d'autres émissions.


Un second souffle
...........................Alain considère son poste de réalisateur aux auto-promotions comme un nouveau souffle. Il avait quittéle réseau suite aux coupures de 1995. Un an plus tard, il exploitait sa propre entreprise : Boris design. Il assurait alors des contrats en infographie vidéo et graphique pour plusieurs maisons de production : Macumba International, Télé-Québec, T.V.A., Ad Hoc Films…

Alain Savaria avait quitté Radio-Québec,
il revenait cinq plus tard à Télé-Québec.
Un retour heureux

Un texte de
Béatrice Raimbault

Mise en page : Rachel Archambault
Photos : gracieuseté d'Alain Savaria



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