ROBERT LACHAPELLE
Un départ après 33 ans de douce participation

Ses boîtes sont prêtes. Il n'y en que deux et elles sont rangées avec précision le long d'un mur jaune. Le jour de ma visite chez Robert Lachapelle, il y a du brouillard dans les fenêtres de son bureau. On peut à peine apercevoir le pont Jacques-Cartier masqué par la brume qui monte du fleuve St-Laurent. Robert est bien sagement assis. On dirait un voyageur qui attend impassiblement l'arrivée d'un train pour ailleurs.

un texte de Béatrice Raimbault

Il va quitter le réseau et son poste de réalisateur à la fin décembre. Un départ à son image : discret et plutôt calme. C'est impressionnant ce silence qui l'entoure. On pourrait presque entendre voler les deltaplanes qui sont figés dans des photos couleur accrochées sur son mur. J'ai devant moi un homme qui aime rêver et rien de ses pensées secrètes ne transparaît. Comment a-t-il pu conserver un tel calme pendant plus de trente ans à travers les bourrasques de changements qui ont affecté Radio-Québec et Télé-Québec? On n'en parle pas. Comment a-t-il survécu aux exigences des grandes et petites vedettes du milieu de la télé? Aucunes rides dans son visage pour trahir la longueur des soirées interminables à monter des images. Et rien aussi dans les plis de ses yeux qui me ferait apercevoir des doutes et des peines. Il est préférable de ne pas briser sa quiétude qui n'est au fond qu'une angoisse habillée de dignité. Je devinais que Robert avait du mal avec l'émotion et c'est à demi-mot qu'il me parle très lentement de sa vie de réalisateur.

Ça commence en 1959

1959 : Robert Lachapelle apprivoise le cinéma en se servant de la caméra de son père; il n'a que quinze ans et déjà il fait du cinéma amateur ! Plus tard, il participe -avec un professeur de Collège des Eudistes- à la réalisation de deux documents cinématographiques destinés à l'enseignement du cinéma au niveau CEGEP. Quelques années plus tard, alors qu'il étudie à l'Institut de Technologie de Montréal, il tournera lui même des court-métrages 8mm : Évasion plus un (1964) et Mon père, ce grand monsieur (1965). Les deux seront présentés à Image en tête, une émission-concours de Radio-Canada. qui valorisait les jeunes talents. Robert remportera le premier prix les deux années de suite. Des premières œuvres bien prometteuses…

 

Non, il ne rêvait pas : un prix Génie à 24 ans

En 68, alors qu'il travaille en tant que mélangeur d'images à Radio-Canada (on dit aiguilleur de nos jours), Robert réalise Il était une plume, un court-métrage de 6 minutes. Une petite histoire simple et autobiographique qui va connaître bien des honneurs : de nombreux prix dont un Génie au Palmarès du Film Canadien. Le scénario: l'aventure d'un écolier qui vole la plume de son voisin de classe, juste histoire de lui jouer un petit tour. Mais le drame va monter très vite lorsque le petit gars lésé va déclarer le vol à la maîtresse (interprétée par une jeune Louisette Dussault). Le jour de la remise du Génie, Geneviève Bujold recevait elle aussi des mains de Louise Marleau un prix pour son interprétation dans Israël. Robert avait 24 ans, il portait un beau smoking et devait sûrement se pincer. Non, il ne rêvait pas!

Malgré toutes ces reconnaissances, Robert ne décide par pour autant de poursuivre une carrière de cinéaste professionnel. «À l'époque, à part quelques grands films, le cinéma québécois en était encore à ses balbutiements. Le métier de cinéaste était incertain et instable». Quelques temps après, Radio-Québec le contacte. Le nouveau réseau québécois recherche des gens de talent et on avait bien sûr entendu parler des prouesses de ce jeune cinéaste amateur.


Les Oraliens. Photo: archives de Radio-Québec

Les cent tours de Centour. Photo: archives de Radio-Québec

Une arrivée dans un réseau tout jeune tout neuf
.«Je n'ai jamais regretté mon choix»

En 69, Robert quitte le réseau canadien «une grande ville» pour «un village plus sympathique et plus familial». D'emblée, il est séduit par l'effervescence de Radio-Québec qui est à l'image du Québec de ce temps-là. Les employés sont jeunes, les scénaristes et concepteurs sont bourrés d'idées, les studios sont neufs et l'équipement technique est des plus performants. Et en plus, c'est nul autre que l'illustre Pierre Gauvreau qui assume le poste de directeur de la production. Robert est embauché en tant qu'assistant à la réalisation sur Les Oraliens. La première série télévisée à être produite par Radio-Québec pour le compte du Ministère de l'éducation. Qui ne se souvient pas des aventures terrestres des Oraliens Picabo et Kalinelle, ces deux drôles de petits habitants d'une planète éloignée qui ont pour mission de descendre sur la Terre pour apprendre le bon français parlé aux enfants québécois. Un an après, il se retrouve avec la même fonction sur Les cent tours de Centour. C'est vers la fin du tournage de cette série qu'il se voit confier la réalisation de six épisodes. Par la suite, il ne quittera plus jamais son poste de réalisateur et Radio-Québec!

Des Oraliens à Mains habiles, mains agiles en passant par Téléservice, Parler pour parler et pour finir à Téléscience. Plus de trente ans de participation aux diverses programmations qui ont résulté des grands mouvements et courants de pensées du réseau québécois.

Robert admet qu'il n'est pas facile de fermer ce grand tome mais... place à l'aventure! Une nouvelle page blanche va sûrement se remplir de belles lignes imprévues.

Au revoir Robert … et belle deuxième vie!

 

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