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un texte de Béatrice Raimbault |
Auteur, producteur, réalisateur, restaurateur, syndicaliste, personne de passion, de démesure et de raison, puis peut-être même acteur, cet homme c'est Jean-Pierre Morin. L'un des plus importants créateurs qui a contribué au succès de Radio-Québec et Télé-Québec. Scénariste pour Les Oraliens, c'est aussi le père des 100 Watts et le concepteur de Watatatow.
Fin des années 60 - début des années 70, alors que Québec était un pleine effervescence, Jean Pierre Morin écrivait avec sa main gauche des textes pour les Oraliens sous le regard critique et sévère de Pierre Gauvreau alors directeur de la production à Radio-Québec. Et de lui, il a peut être attrapé l'impétuosité et la rigueur. Il a aussi écrit des textes engagés et sensibles que les acteurs jouaient lors de la très originale et belle émission historique Aux Yeux du Présent (réalisée par Pierre Gauvreau et diffusée sur nos ondes de 1972 à 1975). Avec un talent d'écrivain certain, Jean-Pierre Morin a même écrit le fameux film Ti-mine, Bernie pis la gang réalisé par Marcel Carrière en 1976.
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Camarade Jean-Pierre Morin a aussi scénarisé Une Vie en Prison en 1980, un documentaire remarquable (en trois parties) réalisé par Roger Tétreault. Pour la première fois, une équipe de production était invitée à vivre derrière les barreaux et à suivre quotidiennement le cheminement des prisonniers du pénitencier de Saint-Vincent de Paul. |
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Jeidi.....
................Puis au milieu des années 80, il est devenu réalisateur,
une sorte de patron qui motivait ses troupes. Il les chauffait à bloc.
On raconte même qu'il pouvait monter sur une table pour être plus
convaincant. Il a réalisé une très belle série,
Les Travaillants : treize demi-heures sur l'histoire du mouvement
ouvrier (tournées à partir de 1983 et diffusées en 1985).
Provocateur
..........................En 84, Jean-Pierre Morin
a réalisé L'État bonbon, une «fausse»
émission d'affaires publiques tournée à Trinité
des Monts, village situé quelque part dans un coin reculé. Tous
les habitants du village, pour bon nombre des chômeurs, s'appliquaient
à battre des records fictifs et à se donner ainsi en spectacle
(de véritables freak show). Une sorte de thérapie pour
contrer leur dépendance gouvernementale. Tout le monde avait cru à
l'histoire et Morin avait été félicité pour avoir
trouvé un village qui se prenait en main. Il y avait de l'avenir en région.
Mais le pot aux roses s'étiola très vite, la direction de l'information
de Radio-Québec découvrit vite la supercherie de Morin. Le scénariste
n'avait pu s'empêcher d'inventer!
Gourou
.........................Il est important de dire
qu'il a été l'un des réalisateurs majeurs de Droit
de parole (1984 à 87). Il était devenu le gourou de Claire
Lamarche, avant de devenir le Jeidi des 100 Watts. Sous le règne
de Morin, les danseuses, les grands-mamans, les tout-petits, les jumeaux, les
beautés, les super héros de hockey et les contestataires de tout
acabit ont eu leur droit de parole à Droit de parole. Il était
le voisin de bureau du réalisateur Gaëtan Lavoie qui dirigeait Janette
Bertrand. C'était le bordel au quatrième étage de l'ancienne
usine de prélarts de l'époque. Lorsque les cotes d'écoute
sortaient (une moyenne de 500 000 par émission pour Droit de parole),
les deux réalisateurs cognaient sur une poubelle pour ameuter tout le
monde. Qui allait l'emporter cette semaine, Morin ou Lavoie? Lamarche ou Bertrand?
Il y a souvent eu du crêpage du chignon mais Morin et Lavoie se sont beaucoup
amusés, eux! C'était la folie contrôlée et un plaisir
fou de faire de la télé décrispée, dépouillée
du politically correct. Les patrons ne savaient plus s'il fallait se
réjouir du succès ou aller se confesser des emportements que les
réalisateurs de cette époque répandaient à la fois
dans le téléviseur et auprès de leurs collègues.
Après les Affaires publiques, Morin fut dirigé pour quelques temps
sur une production plus ludique avec le quiz Cinq pour un puis
vers les émissions jeunesse.
Restaurateur
..........................N'oublions pas de mentionner
qu'il a même été restaurateur de 1984 à 1986. Il
fit l'acquisition d'un resto maintenant disparu, un ancien junk situé
en face de Télé-Québec, le Blue Bird. On
se serait cru dans un roman d'Yves Beauchemin. Jean-Pierre Morin vantait sa
cuisine aux tables et remplissait les verres de rouge de ses collègues.
Sa sur en assumait la gérance.
![]() Marc-André Coallier, l'animateur du Club des 100 Watts... et Jean-Pierre Morin |
Producteur ...............................Et c'est en 1988 qu'apparurent les 100 Watts, une émission interdite au parents. Pied de nez aux adultes et à la direction du réseau. C'était la révolution douce à la télé. On passait par toutes les émotions, les drôleries, les provocations. Les enfants avaient du plaisir à la maison comme dans la boîte à images électroniques. Jean-Pierre Morin devenait producteur. Les réalisateurs étaient motivés et souvent décontenancés. Sous sa gouverne, les auteurs s'épuisaient à recommencer. Morin connaissait l'écriture. Il pouvait aussi bien engueuler que consoler, traits de caractère de Gauvreau, son maître. |
Aujourd'hui,
on raconte que Jean-Pierre Morin est un producteur assagi (patron de Vivavision),
mais tout aussi créatif et passionné. Il produit entre autres
Macaroni.
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