Jean-Pierre Morin


Le camarade, le Jeidi, le provocateur, le gourou et peut-être enfin l'assagi

un texte de Béatrice Raimbault

Auteur, producteur, réalisateur, restaurateur, syndicaliste, personne de passion, de démesure et de raison, puis peut-être même acteur, cet homme c'est Jean-Pierre Morin. L'un des plus importants créateurs qui a contribué au succès de Radio-Québec et Télé-Québec. Scénariste pour Les Oraliens, c'est aussi le père des 100 Watts et le concepteur de Watatatow.

Fin des années 60 - début des années 70, alors que Québec était un pleine effervescence, Jean Pierre Morin écrivait avec sa main gauche des textes pour les Oraliens sous le regard critique et sévère de Pierre Gauvreau alors directeur de la production à Radio-Québec. Et de lui, il a peut être attrapé l'impétuosité et la rigueur. Il a aussi écrit des textes engagés et sensibles que les acteurs jouaient lors de la très originale et belle émission historique Aux Yeux du Présent (réalisée par Pierre Gauvreau et diffusée sur nos ondes de 1972 à 1975). Avec un talent d'écrivain certain, Jean-Pierre Morin a même écrit le fameux film Ti-mine, Bernie pis la gang réalisé par Marcel Carrière en 1976.

Camarade
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Mais l'écriture ce n'était pas assez pour Jean-Pierre Morin qui n'était pas capable de retenir sa fougue
de tribun. Il a été l'un des fondateurs du Syndicat Général des employés de Radio-Québec (créé en 1969) et l'un de ceux qui faisaient le plus rager une direction qui ressemblait davantage à celle d'un collège classique dépassé que celle d'une télévision qui se voulait de liberté, d'insolence et d'engagement. Lors des grandes réunions syndicales qui débouchaient souvent sur des débuts de grèves puis sur de véritables conflits, Morin haranguait l'auditoire. À la manière des grands acteurs et avec un débit lent et presque imperceptible au début de ses interventions, tout s'achevait sur un ton puissant avec des punchs aux deux ou trois phrases. Morin motivait les troupes et les nourrissait d'arguments utiles pour mettre en pièces les patrons décontenancés de l'époque.

Jean-Pierre Morin a aussi scénarisé Une Vie en Prison en 1980, un documentaire remarquable (en trois parties) réalisé par Roger Tétreault. Pour la première fois, une équipe de production était invitée à vivre derrière les barreaux et à suivre quotidiennement le cheminement des prisonniers du pénitencier de Saint-Vincent de Paul.


Jean-Pierre Morin entouré des comédiens de la série
Les Travaillants et de l'équipe de tournage


Jeidi.....
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Puis au milieu des années 80, il est devenu réalisateur, une sorte de patron qui motivait ses troupes. Il les chauffait à bloc. On raconte même qu'il pouvait monter sur une table pour être plus convaincant. Il a réalisé une très belle série, Les Travaillants : treize demi-heures sur l'histoire du mouvement ouvrier (tournées à partir de 1983 et diffusées en 1985).


Provocateur
..........................En 84, Jean-Pierre Morin a réalisé L'État bonbon, une «fausse» émission d'affaires publiques tournée à Trinité des Monts, village situé quelque part dans un coin reculé. Tous les habitants du village, pour bon nombre des chômeurs, s'appliquaient à battre des records fictifs et à se donner ainsi en spectacle (de véritables freak show). Une sorte de thérapie pour contrer leur dépendance gouvernementale. Tout le monde avait cru à l'histoire et Morin avait été félicité pour avoir trouvé un village qui se prenait en main. Il y avait de l'avenir en région. Mais le pot aux roses s'étiola très vite, la direction de l'information de Radio-Québec découvrit vite la supercherie de Morin. Le scénariste n'avait pu s'empêcher d'inventer!

Gourou
.........................Il est important de dire qu'il a été l'un des réalisateurs majeurs de Droit de parole (1984 à 87). Il était devenu le gourou de Claire Lamarche, avant de devenir le Jeidi des 100 Watts. Sous le règne de Morin, les danseuses, les grands-mamans, les tout-petits, les jumeaux, les beautés, les super héros de hockey et les contestataires de tout acabit ont eu leur droit de parole à Droit de parole. Il était le voisin de bureau du réalisateur Gaëtan Lavoie qui dirigeait Janette Bertrand. C'était le bordel au quatrième étage de l'ancienne usine de prélarts de l'époque. Lorsque les cotes d'écoute sortaient (une moyenne de 500 000 par émission pour Droit de parole), les deux réalisateurs cognaient sur une poubelle pour ameuter tout le monde. Qui allait l'emporter cette semaine, Morin ou Lavoie? Lamarche ou Bertrand? Il y a souvent eu du crêpage du chignon mais Morin et Lavoie se sont beaucoup amusés, eux! C'était la folie contrôlée et un plaisir fou de faire de la télé décrispée, dépouillée du politically correct. Les patrons ne savaient plus s'il fallait se réjouir du succès ou aller se confesser des emportements que les réalisateurs de cette époque répandaient à la fois dans le téléviseur et auprès de leurs collègues. Après les Affaires publiques, Morin fut dirigé pour quelques temps sur une production plus ludique avec le quiz Cinq pour un puis vers les émissions jeunesse.

Restaurateur
..........................N'oublions pas de mentionner qu'il a même été restaurateur de 1984 à 1986. Il fit l'acquisition d'un resto maintenant disparu, un ancien junk situé en face de Télé-Québec, le Blue Bird. On se serait cru dans un roman d'Yves Beauchemin. Jean-Pierre Morin vantait sa cuisine aux tables et remplissait les verres de rouge de ses collègues. Sa sœur en assumait la gérance.


Marc-André Coallier, l'animateur du Club des 100 Watts...
et Jean-Pierre Morin
Producteur
...............................Et c'est en 1988 qu'apparurent les 100 Watts, une émission interdite au parents. Pied de nez aux adultes et à la direction du réseau. C'était la révolution douce à la télé. On passait par toutes les émotions, les drôleries, les provocations. Les enfants avaient du plaisir à la maison comme dans la boîte à images électroniques. Jean-Pierre Morin devenait producteur. Les réalisateurs étaient motivés et souvent décontenancés. Sous sa gouverne, les auteurs s'épuisaient à recommencer. Morin connaissait l'écriture. Il pouvait aussi bien engueuler que consoler, traits de caractère de Gauvreau, son maître.

Aujourd'hui, on raconte que Jean-Pierre Morin est un producteur assagi (patron de Vivavision),
mais tout aussi créatif et passionné. Il produit entre autres Macaroni.

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