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....... Lorsque
l'on se promène dans l'histoire de Radio-Québec et de Télé-Québec
pour y découvrir des faits marquants et des personnalités
qui ont apporté de la vie et des couleurs à l'aventure de
la télé éducative et culturelle, on y rencontre le
réalisateur et journaliste Patricio Henriquez. Chez cet homme au
débit rapide et qui s'exprime parfaitement dans une langue française
qui n'est pas la sienne, on constate tout de suite l'engagement social
et aussi l'amour et l'estime qu'il a pour les Québécois
et les artistes de tous genres. Il aime les poètes et les écrivains
et gratte aussi la guitare. Patricio Henriquez est Chilien.
«Sans
la volonté politique de Camille Laurin, il aurait été
difficile d'entrer dans la boîte»
Patricio arrivait à Radio-Québec au début des années
quatre-vingt. Il a toujours soutenu que sa place au sein de notre réseau,
il la devait à Camille Laurin qui pendant l'époque pré-référendaire,
avait donné comme mandat de faire des émissions pour les
communautés culturelles. Une belle porte d'entrée pour beaucoup
d'émigrés avec la création de l'émission Planètes.
«L'entrée a été faite sans anesthésie,
parfois ce fut douloureux, on nous appelait les ovnis, mais plusieurs
d'entre nous ont réussi à s'intégrer par la suite
dans des émissions autres que celles pour les émigrés
dans la programmation générale de Radio-Québec.»
Planètes
: faire parler les étrangers
Planètes était une émission diffusée
en 14 langues différentes. «On a commencé par cette
tour de Babel en 14 langues avec sous-titres mais on a vite compris qu'il
était mieux de la faire en français pour avoir un impact
sur l'auditoire québécois». Patricio réalise
surtout des émissions pour la communauté latino-américaine.
Des émissions qui lui ressemblent. «Il y avait tous les
problèmes en Amérique Centrale, surtout au Salvador. J'avais
fait des documentaires avec des émigrés salvadoriens qui
parlaient des réalités qui les poussaient à partir
et à venir au Québec.» Par la suite Planètes
est devenue Arrimage, une émission de type affaires publiques,
mais consacrée à la vie des émigrés et faite
en français exclusivement. «À l'époque,
on ne voyait jamais de personnes de couleurs à la télévision.
C'est à Radio-Québec que l'on a vu en premier des animateurs
noirs et asiatiques de manière permanente. Radio-Canada l'a fait
bien plus tard.»
«L'argent,
c'est fait pour dépenser... »
Élu trois fois président de l'Association des Réalisateurs
de Radio-Québec, entre 1985 et 1992, Patricio a été
très actif et combatif dans ce rôle. L'argent c'est fait
pour dépenser !, avait-il lancé à ses collègues
médusés et inquiets qui devaient décider de la répartition
de leurs moyens et de leur énergie. «On fera des fêtes
pour rassembler les réalisateurs." Les réalisateurs
ont connu des moments de passion et de débats sous la présidence
de l'immigrant engagé. Il eut même l'idée de transformer
les assemblées générales en exécutif et l'exécutif
en assemblées générales. Tout le monde votait sur
tout. C'était des grandes années de participation. Entre
les longs repas, les rires, les échanges vigoureux et les discussions
de couloirs constructives, Patricio trouvait le moyen de réaliser
ses émissions comme si pour lui les journées avaient plus
d'heures que pour les autres. Il possédait une grande habilité
pour réconcilier les personnes mais pouvait devenir impitoyable
quant à la défense de ses collègues. Tout ça
avec le sourire et toujours pris entre deux avions pour l'émission
Nord-Sud.
Nord-Sud
: un vrai cadeau
En 1984, après avoir quitté Arrimage, Patricio a été
affecté à Nord-Sud, le magazine d'information
consacré à la coopération internationale dans les
pays en voie de développement. Patricio parcourait le monde avec
sa caméra, sa curiosité et son engagement. Cette série
lui a permis de voyager pendant presque dix ans. «C'est le plus
grand cadeau que l'on m'a fait, d'une richesse extraordinaire.»
Les équipes ne passaient pas beaucoup de temps dans les anti-chambres
de présidents ou dictateurs ou ministres. Elles allaient à
la rencontre d'histoires humaines. Nord-Sud a permis de faire connaître
l'existence d'une cinquantaine de pays du sud.
La dette mexicaine :
tout un honneur pour Radio-Québec
C'était la première fois que la Communauté des Télévisions
Francophones décernait un prix à une émission de
Radio-Québec. La dette mexicaine, un reportage de
Patricio Henriquez, remportait à Bruxelles en 1988 le prix de la
meilleure émission d'information internationale. Ce reportage pour
Nord-Sud méritait amplement cet honneur. On pouvait lire dans un
article paru le 17 novembre 1988 dans le Journal de Montréal :
«L'émission sur la dette mexicaine respectait l'ABC de la
télévision de journalisme et d'enquête, tout en s'enrichissant
d'images qui ont fortement impressionné les membres du jury.»
Tian' anmen : Radio-Québec
était à Pékin
Lorsqu'une révolution apparaissait sur les grands écrans
de télé du monde, les réalisateurs de Radio-Québec
avait l'habitude de dire que Patricio devait être en tournage dans
ce pays. Il a eu la chance inouïe d'être en Chine en 1989 lors
du «Printemps de Pékin». À son arrivée,
la révolution des étudiants commençait sur la Place
Tian'anmen. À l'origine, Patricio et son équipe de Nord-Sud
avaient été invités par la télévision
cantonaise pour faire des reportages sur la construction du barrage des
Trois-Gorges mais l'histoire était en train de changer à
Pékin. Ils ont dû inventer toutes sortes d'excuses pour laisser
tomber la télé cantonaise et s'en aller à la Place
Tian'anmen. Ils sont restés filmer sur place pendant un mois. Malheureusement
ils ont quitté la Chine à la fin du mois de mai, quelques
jours avant l'émeute. À son départ, Patricio était
plutôt optimiste quant à l'aboutissement des protestations
étudiantes. Il pensait que ce mouvement démocratique apporterait
un renouveau pour la Chine. Jamais il n'aurait cru que ces manifestations-là
se termineraient dans un bain de sang. De retour ici, l'équipe
apprend le massacre horrible des étudiants chinois ce fameux 4
juin. Le document de Nord-Sud intitulée Tian' anmen
deviendra un document de référence très important.
Il sera même acheté par CBS et ABC. «De la grande information»
comme le mentionnait un article de La Presse du 07 juin 1989.
Pour Patricio, ses dix années à Nord-Sud furent «un
apprentissage magnifique». Désormais, partout où
il va, le bagage Nord-Sud est avec lui. «C'est ma richesse comme
pour les autres artisans de l'émission.» Nord-Sud fut retirée
de la programmation en 1995, après douze ans d'existence.
Du
bon documentaire grâce à Télé-Québec
Même après qu'il eut quitté Télé-Québec
en 1995, le réseau lui a permis de faire des choses qui lui tenaient
à cur. Patricio et deux de ses anciens collègues de
Nord-Sud, Robert Cornellier et Raymonde Provencher, ont lancé leur
propre boîte de production : Macumba International. «L'appui
de Télé-Québec au départ, a été
fondamental». Ils ont pu produire avec le soutien de Télé-Québec
et des producteurs français, le film Le dernier combat de
Salvador Allende diffusé en 1998. Ce film a eu une carrière
internationale assez exceptionnelle avec près de 18 prix internationaux.
Patricio espère que
Le dernier combat de Salvador Allende sera rediffusé bientôt
sur les ondes de Télé-Québec. Cette année
est le trentième anniversaire du coup d'état. Pinochet s'emparait
du Chili le 11 septembre 1973. On ne permit plus à Patricio d'exercer
son métier de journaliste dans son propre pays. Un an plus tard,
le Québec devenait sa terre d'exil.
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Emission
Nord-Sud

La dette mexicaine

Manifestation Place Tian'anmem

Le dernier combat de Salvador
Allende

Peine de mort
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Un texte de
Béatrice Raimbault |
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